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Le havre de la mer

Publié le

 

« Le havre de la mer ».

Ce pourrait être le titre et le propos d’un prochain roman sur lequel j’ai commencé à cogiter…

« Les émeutiers du Grand Quay », « L’intrigant Monsieur Durand » et le projet avancé de « L’énigme Jean Louis Roch Mistral » sont les témoignages de mon intérêt pour Le Havre du XVIIIe siècle. La cité portuaire connut alors un formidable essor sur les plans démographique, économique (malheureusement entaché par l’effroyable commerce triangulaire), architectural, sociétal, politique… Des bâtiments emblématiques comme l’actuel Muséum d’Histoire Naturelle, la maison de l’Armateur, l’hôtel du gouverneur (dit Hôtel de Beauvoir), la première Bourse des négociants, le bâtiment des Fermes Royales (Douanes), la manufacture des Tabacs, les premiers phares de la Hève, furent édifiés au cours de ce siècle. On assista aussi à la restauration complète du magasin général de l’Arsenal, à la mise en œuvre du plan Lamandé qui permit l’agrandissement de la ville et du port.

La ville (et le port) fut en 1776 un acteur majeur de l’aide que la France apporta aux colons insurgés dès le début de la guerre d’indépendance américaine, le théâtre des émeutes de subsistance qui agitèrent la ville tout au long de l’année 1789, on y assista l’année suivante à l’élection du premier maire, Pierre Duval, dont le nom est inscrit tout en haut de la liste des maires du Havre dans le hall de l’Hôtel-de-Ville, l’ouverture du premier bureau de postes, la création du bassin d’Ingouville (du Commerce aujourd’hui) et du bassin de la Barre…

Mais il est un autre sujet qui me passionne et qui ne cesse de m’interroger :

Qu’y avait-il précisément sur ce fameux site de la crique dite « de Grâce », composé en fait de trois plans d’eau navigables à marée haute dont l’un deviendra l’avant-port du Havre tandis qu’un second abritera le bassin du Roi ? Y avait-il un havre avant Le Havre ? N’y avait-il là, comme on le dit et le pense généralement, que des marais et des vasières où seul le bétail des habitants d’Ingouville avaient droit de cité ?

Vraiment ? Plusieurs sources semblent indiquer que ces criques servaient alors d’abri aux navires de petit tonnage qui venaient y trouver un havre de repos et d’échouage. Et certaines mentionnent même la présence, bien avant la création du Havre, d’un hameau de pêcheurs et d’une chapelle dédiée, déjà, à Notre-Dame de Grâce. Une chapelle dont la présence est mentionnée en 1189 et en 1204 dans deux chartes conservées aux archives départementales (Fonds de Longueville). Enfin, en 1311, le roi Philippe le Bel accordait aux paroissiens « du havre de la mer que soit établi dans cette chapelle des fonds sacrés pour le baptême des enfants, et près dans les environs de la dite chapelle, un cimetière où les corps morts recevront la sépulture ecclésiastique ».

Question toute bête : Se serait-on donné la peine d’édifier un lieu de culte, aussi précaire soit-il, s’il n’y avait pas eu quelques paroissiens pour le fréquenter ?

À propos de ce hameau de pêcheurs, des ouvrages de référence que l’on doit aussi bien à Alphonse Martin (Histoire de Leure et d’Ingouville, IVe centenaire du Havre, Le Havre au Moyen âge), à Jean Laignel (Antiquitez du Havre de Grâce), à Marie Le Masson Le Golft (Entretien sur Le Havre/Coup d’œil sur l’état ancien et présent du Havre), Hervé Chabannes (Les manuscrits retrouvés de Jacques-Augustin Gaillard) et même une œuvre de fiction, celle de Françoise Deschamps (Les sentinelles de l’estuaire, les oubliés de Leure), fournissent une multitude de détails et de témoignages qui me font (c’est mon avis personnel et il est à considérer comme tel) en conclure que, jusqu’à la fondation du nouveau havre, l’ancien avait été habité. Lors de l’enquête de 1532, diligenté par François Ier dans le but d’indemniser le seigneur de Graville du préjudice subi par le rattachement du Havre à la couronne royale, Jehan de Marceilles, le père du premier chroniqueur havrais, déclarait : « Les terres du nouveau havre étaient de petit prix et le fond de nulle valeur parce qu’aucuns n’y hantaient, ni habitaient, excepté qu’à l’endroit du vieil havre qui estaient en autre lieu que le havre neuf. »

D’autres habitants de la pointe de Caux, tels Jean Maunart, Robert Hamel ou Martin Paré, amenés à témoigner lors de cette enquête, avaient, eux aussi, attesté de la présence de ce hameau de pêcheurs édifié au bord de la crique de Grâce.

Et sur une représentation de cette même crique, datée de l’an 1500, ne voit-on pas clairement un groupe d’habitations autour d’une chapelle à la pointe sud d’une langue de terre qui s’étend jusqu’à la mer ? Un embryon de ville situé clairement à proximité de la crique de Grâce.

Il y aurait encore beaucoup d’eau à apporter au moulin de ce havre de la mer, et si vous êtes intéressés par le sujet, la lecture des ouvrages que j’ai cités plus haut devrait vous permettre de vous faire une opinion sur l’existence ou non de ce hameau de pêcheurs. Une présence qui, d’ailleurs, l’honnêteté m’oblige à le signaler, a ses détracteurs. Monsieur Borely, entre autres, en est le parfait exemple.

Vous l’avez compris, c’est un sujet qui me passionne et l’idée d’écrire un roman articulé autour de ce hameau, de ses habitants et de leur environnement me trottait dans la tête depuis un bon petit moment déjà. L’idée a suffisamment mûri à présent et le temps est sans doute venu de passer aux choses concrètes. J’ai donc commencé à faire quelques recherches dans ma petite documentation personnelle, dans les archives aussi, et je viens de rédiger un embryon de synopsis, certes incomplet, imparfait, mais ce n’est qu’un début.

J’ai aujourd’hui bon espoir de voir prochainement aboutir le projet…

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