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Passion Le Havre

Publié le

S’ils ne comptent que cinq siècles d’existence, le port et la ville du havre n’en sont pas moins riches de ces heures d’Histoire que sa situation de porte d’entrée du royaume n’a jamais cessé de lier son destin à celui de la France.

Si d’aucuns, sans doute nostalgiques d’une ville d’avant-guerre qu’étant né en 1947, je n’ai pas pu connaître, se passionnent à juste raison pour ce Havre entièrement, ou quasiment, détruit par les bombardements successifs qui s’acharnèrent à moult reprises sur la cité et ses habitants, il est bien d’autres pages de sa longue Histoire qui méritent que l’on s’y attarde car elles ont, tout autant que cette dramatique période encore présente dans toutes les mémoires, contribué à faire du Havre ce qu’il est aujourd’hui.

De l’acte de naissance du port signé par François Ier le 5 février 15161 à l’annexion de Bléville le 3 avril 1953 et de Sanvic le 29 novembre 1955 en passant par les événements liés à la première guerre de religion au XVIe siècle, la création de l’arsenal au XVIIe, le formidable essor de l’économie au XVIIIe (lié notamment au sinistre commerce triangulaire), l’ouverture des nouveaux bassins d’Ingouville (du Commerce) et de la Barre au XIXe, la formidable ruée vers l’Eure dont l’urbanisation et l’industrialisation fera au XXe siècle de ce quartier l’une des clés du développement de la ville, l’Histoire du Havre est incroyablement riche et passionnante sous bien des aspects.

Pour ma part, mes deux époques de prédilection concernant ces 5 siècles d’Histoire sont le XVIIIe siècle, époque qui vit un formidable essor de la cité, aussi bien du point de vue architectural, sociétal, politique et économique, et cette vaste époque que l’on pourrait qualifier de « Le havre avant Le Havre ». Le XVIIIe, tout d’abord. Si l’on excepte l’effroyable traite des esclaves qui fit la fortune de bien des négociants havrais, ce fut aussi l’époque où furent construit le bâtiment de l’actuel Muséum d’Histoire Naturelle, la maison de l’armateur, la première bourse des négociants, l’hôtel de Beauvoir, l’Hôtel Dubocage, les premiers phares de la Hève, et c’est aussi l’époque du fameux plan Lamandé avec le début des travaux d’agrandissement de la ville et du port, travaux très vite interrompus par la Révolution française.

Et puis, il y a cette question qui me passionne et qui ne laisse pas de m’interroger. Qu’y avait-il sur le site avant que soit donné le premier coup de pioche du creusement et de l’élargissement de la crique de Grâce ? N’y avait-il qu’une plaine marécageuse, dont les seuls occupants étaient le bétail que les habitants d’Ingouville menaient au pâturage ? Qu’en est-il précisément de ce hameau de pêcheurs évoqué par plusieurs chroniqueurs havrais et que le roi Philippe IV avait qualifié de « havre près de mer » dans un document daté de décembre 1311 ? Dans cet arrêté, le souverain autorisait les habitants de ce hameau à édifier une chapelle pour baptiser leurs enfants et à l’entourer d’un cimetière pour y inhumer leurs défunts. Un tel consentement aurait-il été accordé si le site n’avait été qu’un vaste espace livré aux marécages et aux marées ?

Dès lors, il n’y aura rien d’étonnant si plusieurs de mes romans ont pour cadre Le Havre du XVIIIe siècle. C’est le cas pour « Les émeutiers du Grand Quay » et « L’intrigant Monsieur Durand ». C’est également dans Le Havre du XVIIIe que se situe l’action d’un projet dont je vous ai déjà parlé, « L’énigme Jean Louis Roch Mistral ».

Deux autres de mes romans en chantier, plus ou moins avancés, concernent la cité océane au XVIe siècle. L’un a planté son décor en 1562, inspiré par les événements havrais de la première guerre de religion. L’autre remonte le temps en 1519, alors que le chantier du port semble marquer le pas pour diverses raisons, climatiques, humaines, financières… Et, dans ce dernier, je ne manque bien évidemment l’occasion d’évoquer l’existence passée de ce « havre près de la mer ». Je vous en reparlerai plus longuement dans un prochain billet.

Mais écrire un roman dont une ville (Le Havre en l’occurrence) au XVIIIe siècle (ou au XVIe) va servir de cadre à l’intrigue est pour quelqu’un comme moi, quelque chose d’exaltant, de motivant, de jubilatoire. M,ais c’est aussi une épreuve redoutable, un défi, une gageure.

La difficulté consiste ni plus ni moins à restituer aussi fidèlement que possible le passé d’une ville, son identité, son environnement, reconstituer sa topographie, ses lieux, ses monuments, mettre un point d’honneur à ne pas en trahir l’Histoire, rendre vraisemblable et recevable l’attitude d’hommes qui ont écrit l’Histoire de la ville et en ont fait la grandeur, et rendre plausible une cohabitation avec les personnages fictifs tout droits sortis de l’esprit tortueux de l’auteur, avoir en permanence le souci de la crédibilité, de la cohérence, de la précision, du détail, combattre impitoyablement les incohérences et les anachronismes.

Afin de respecter aussi scrupuleusement que possible les codes incontournables de cet exercice, il m’a donc été indispensable d’avoir recours à une documentation conséquente, de puiser aussi bien dans ma petite bibliothèque et ma documentation personnelles, aux archives municipales, ainsi que sur cet outil qui, quand il vous sert utilement, sait se rendre précieux et indispensable, l’internet (Extraordinaire et inépuisable caverne aux trésors qu’est le site de la BNF-gallica)

Je croise les doigts pour y être parvenu sans commettre trop d’erreurs. Si c’était le cas, j’espère que le lecteur saura faire preuve d’indulgence et de tolérance pour me le pardonner

1À cette époque, le changement d’année avait lieu à Pâques, ce qui avait pour conséquence qu’au mois de mars, on était en 1516, et, au mois d’octobre, date de la création de la ville, on était en 1517.

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