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Passion Histoire

Publié le

    Quand et comment est née en moi cette passion pour l’Histoire ? Je ne saurais le dire avec précision tant c’est une chose qui, me semble-t-il, a toujours fait partie de mon environnement. Des cours d’Histoire de l’école primaire, agrémentés lorsque la classe « avait été sage » de projections d’images, aux travaux des Historiens contemporains nous apportant un nouvel éclairage, plus moderne, plus « scientifique » (parce que basé sur de nouvelles découvertes et des progrès, notamment permis ces dernières années par les fouilles archéologiques, je n’ai cessé de me passionner, de me documenter, de remettre en question ce qu’hier on pensait savoir sur notre Histoire.
    Car ce qui fait tout le charme et l’intérêt de cette discipline, c’est qu’elle est en perpétuelle évolution, que les certitudes sont journellement remises en cause, qu’on va constamment de découvertes en découvertes, que nos connaissances sont sans cesse actualisées. Bref, en un mot comme en cent, loin d’être figée, d’être momifiée, comme on serait tenté de le croire quand on ne s’y intéresse que de loin, l’Histoire est vivante, incroyablement active, en perpétuel mouvement. Pour illustrer cette permanente remise en question, je prends souvent pour exemple deux ouvrages d’Yves Coppens, l’un des découvreurs de Lucy, cette jeune Australopithecus afarensis dont le fossile relativement complet fut découvert le 24 novembre 1974 dans la vallée du Rift africain. Dans « Le Singe, l'Afrique et l'Homme » un ouvrage paru en 1983, Yves Coppens présentait Lucy comme l’ancêtre de l’Homme. En 1999, dans « Le genou de Lucy », le même Yves Coppens reconnaissait son erreur et écrivait que Lucy ne pouvait pas être considérée comme l’ancêtre de notre espèce en raison de ses caractéristiques anatomiques, notamment la forme de son genou.
    Mes premiers regards en direction de l’Histoire se tournèrent, je ne sais pour quelle raison, vers l’Égypte antique. Les cours d’Histoire de l’école primaire et la découverte du tombeau de Toutankhamon et de ses trésors en novembre 1922 mais que je découvris dans les années 60 au hasard d’une lecture n’était sans doute pas étrangère à cet intérêt soudain. L’Égypte. Sa civilisation. Ses monuments. Sa religion. Ses dieux. Ses rites. Ses mystères…  Akhenaton, Ramsès II, entre autres Pharaons, s’invitèrent bientôt dans mes connaissances. La lecture de quelques romans historiques se sont également révélés extrêmement riches de détails et d’anecdotes sur la vie quotidienne des anciens Égyptiens et de leurs mœurs.
    À cette passion pour l’Égypte des Pharaons se joignit bientôt celles de la civilisation grecque. Là aussi, les annales sont foisonnantes de faits historiques, de légendes et de mythologie. La rivalité entre Athènes et Sparte, l’invention de la Démocratie, la guerre de Troie, les dieux de l’Olympe…
    Je ne sais plus exactement quel fut le déclic qui me fit m’intéresser à la Préhistoire. Une visite en famille du site de Carnac ? L’énigme des élévations de Stonehenge ? La découverte de Lucy ? Les peintures de la grotte de Lascaux ? Vraisemblablement un peu de tout cela. Je devins très vite passionné par la question des origines de l’Humanité. Une longue période pendant laquelle Australopithèques, Homo Habilis, Homo Érectus, Néandertal, puis Sapiens, et enfin Sapiens Sapiens se succédèrent, cohabitèrent même pour certains d’entre eux. Une Histoire absolument fascinante qui n’en finit pas de se dévoiler à nous. Car, aujourd’hui encore, il ne passe guère de temps sans qu’une nouvelle découverte, une nouvelle étude vienne enrichir nos connaissances sur l’Histoire de l’Humanité, notre Histoire en quelque sorte.
    Et puis, il y a bien sûr cette autre discipline passionnante qu’est l’Histoire de notre pays, l’Histoire de la France. Là encore, le sujet est extraordinairement vivant, dynamique grâce aux recherches des Historiens dont les travaux mettent en lumière sans cesse de nouvelles connaissances et aux nombreux vestiges découverts lors d’un chantier de construction, d’immeubles ou de routes, permettant aux archéologues de faire d’extraordinaires avancées dans notre connaissance du passé, La relecture « scientifique » de notre Histoire, étayée sur des constatations et des démonstrations, permet une approche extrêmement rigoureuse de l’habitat, du mode de vie, des mœurs, et des coutumes de nos ancêtres, nous permettant de nous affranchir d’un certain nombre d’idées reçues qui faussaient notre perception du passé.
    De l’Histoire de France à celle du duché de Normandie il n’y a qu’un tout petit pas que je franchis dans les années 80. L’arrivée puis l’installation en Neustrie du Viking passé à la postérité sous le nom de Rollon, le traité de Saint-Clair-sur-Epte, acte de naissance du duché normand, les péripéties et les exploits des descendants de Rollon qui firent la grandeur de la Normandie, la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Bâtard, l’annexion de la province au royaume de France en 1204… Une aventure aussi mouvementée qu’enthousiasmante qui me conduisit à commettre une série de billets, intitulés « Nos ancêtres les Vikings », parus dans la revue de l’entreprise qui m’employait. Cette chronique succédait à « L’histoire des Châteaux de la Loire » que j’avais rédigée quelques temps auparavant.
    Cette passion pour le duché de Normandie ne pouvait que me mener tout droit à celle des civilisations scandinaves, à leurs légendes et leur mythologie. Ce fut effectivement ce qui arriva. Je me plongeai alors avec un vif intérêt dans tout ce qui avait un rapport avec leur histoire, avec leurs coutumes, leurs mœurs, leur religion… Leur habitat, leur agriculture, leur rapport à la mer, leurs conflits… Leurs dieux, Odin, Thor, Loki, Njord, Freyr… La lecture édifiante des Sagas, celle des Vikings de Régis Boyer, de L’Edda de Snorri Sturluson, de la Mythologie Viking de Neil Gaiman… jalonnèrent mon cheminement littéraire dans l’univers originel de nos ancêtres Vikings. 
    C’est aussi l’époque que choisit la lecture pour me confronter à l’Histoire de la ville du Havre. À l’école Jules Ferry de Sanvic, dans les années 50, l’un de mes instituteurs s’appelait Jean Legoy. Comme ce fut sans doute le cas pour l’ensemble de mes petits camarades de classe, il était alors pour moi un maître d’école comme les autres, ni plus, ni moins. Mais quand est paru, quelque vingt années plus tard, son « Peuple du Havre et son Histoire », le nom de Jean Legoy avait pour moi, bien entendu, une résonance toute particulière. Bien sûr, je n’eus de cesse de me le procurer et de le lire. Ce fut pour moi la porte d’entrée en Histoire du Havre. Depuis, d’autres nombreux ouvrages, les Archives Municipales du Havre, le site de la BNF (Gallica), les blogs de Daniel Haté et de quelques autres m’ont permis d’étoffer mes connaissances et mon intérêt sans cesse croissant pour le port et la ville océane. Je me suis, moi aussi, rendu coupable de la création et de l’animation d’un blog dédié à l’Histoire du Havre, « Il était un havre », riche aujourd’hui de 136 articles et de plus de 177 000 visiteurs.
    Ma découverte des civilisations précolombiennes date à peu près de la même époque. C’est par le biais d’un recueil de nouvelles de Robert Gaillard, intitulé « Mourir dans les Andes » que naquit mon intérêt pour les peuplades d’Amérique latine. L’auteur y aborde le rapport des habitants des hauts plateaux andins avec la mort, avec leurs morts, la façon dont ces derniers font partie de leur vie, les accompagnent quotidiennement. 
    Voici, résumé autant que possible, le récit de mon cheminement dans notre passé commun et de ces passions qui m’animèrent très tôt et ont (presque) toujours fait partie de mon environnement cérébral et littéraire. À la finale, je n’aurais, je crois, qu’un seul regret : À trop vouloir partager mon intérêt pour l’Histoire avec mes enfants, j’ai fini par les en détourner et les écœurer durablement de tout ce qui s’y rattache. Mais le mal est hélas fait et, même si je le déplore, je ne peux malheureusement pas réécrire ces pages d’un passé révolu…

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