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Comment vient une idée de roman

Publié le

Comment m'est venue l’idée de « L’intrigant Monsieur Durand » ? C’est assez simple, en fait.

Il arrive parfois, assez souvent même, en faisant des recherches dans les archives ou sur le site de la BNF, que l’on fasse une découverte fortuite qui va vous mettre sur une piste totalement différente que celle que vous suiviez alors et vous donne l’envie irrésistible d’en savoir plus sur le sujet de cette découverte inattendue.

C’est ce qui m’est arrivé il y a quelques années. Je ne me souviens plus précisément ce que je recherchais ce jour-là, ni si c’était aux archives ou sur le site de la BNF, mais j’avoue avoir été irrésistiblement intrigué par une communication rédigée par Philippe Barrey, qui était archiviste de la ville du Havre et qui fut l’auteur de très nombreux documents relatifs à l’Histoire de la cité océane.

Dans ce document, Philippe Barrey racontait comment un individu se faisant appeler Durand et se prétendant libraire parisien était arrivé au Havre en mai 1776 pour organiser et superviser l’aide « secrète » que la France souhaitait apporter aux insurgés américains en conflit ouvert avec leur métropole.

Pourquoi cette aide devait-elle être et rester secrète ? Pour le comprendre, il faut remonter le cours de L’Histoire de quelques années, jusqu’à la guerre de 7 ans, laquelle guerre de 7 ans (1756 — 1763) fut un désastre mémorable pour la France. La flotte britannique a totalement anéanti la flotte française, ce qui a laissé des traces dans les esprits de nos compatriotes, notamment les nobles qui constituaient à cette époque l’élite de l’armée, son encadrement, comme on dit communément. Un détestable sentiment d’humiliation et un formidable désir de revanche que le conflit opposant l’Angleterre aux 13 colonies américaines va fortement ravivé. S’allier aux insurgés représente pour beaucoup l’occasion rêvée d’en découdre à nouveau avec ceux qui furent longtemps nos ennemis héréditaires.

À Versailles, des ministres comme Vergennes et Sartine, et peut-être Maurepas, étaient très favorables à une entrée de la France dans le conflit tandis que Louis XVI, plus réservé, souhaite temporiser. Même s’il n’est pas insensible à l’idée de prendre une revanche sur l’Angleterre, le roi estime, à juste raison sans aucun doute, que la France n’a encore disposé de suffisamment de temps pour reconstituer ses forces, tant matérielles (reconstruction de la flotte) qu’humaines (formation de nouveaux soldats). Le monarque veut gagner du temps mais finit par accepter qu’une aide soit apportée aux insurgés à la condition expresse que cela se fasse dans le plus grand secret.

C’est à ce moment que va entrer en scène celui qui, au Havre, se fera appeler Durand. C’est un personnage universellement célèbre dans un tout autre domaine que l’armement maritime et le domaine militaire. On ne sait par quel prodige il se fit agent secret au service de Louis XVI d’abord, de Louis XVI ensuite. Il est en mission à Londres quand il prend la mesure du fossé qui se creuse entre la métropole britannique et les 13 colonies américaines. Très vite, il prend fait et cause pour les insurgés, arguant qu’il en va des intérêts de la France de se ranger à leurs côtés, et, de retour à Versailles, il n’aura de cesse de militer pour une aide de la France aux colons d’outre — Atlantique qui, face à une armée professionnelle et aguerrie, manquent de tout. Armes, munitions, équipements, matériel médical, combattants d’expérience, tout leur fait cruellement défaut.

Notre homme accepta-t-il de prendre la charge et la responsabilité de mettre en œuvre les expéditions de matériel à destination des colonies américaines ou en fût-il l’instigateur ? On ne le sait pas trop. Toujours est-il qu’au cas où l’affaire viendrait à être découverte par le gouvernement anglais, il était convenu que l’état français nierait toute responsabilité, étant entendu que le pseudo Durand endosserait seul la culpabilité de toute l’opération.

Voilà, résumé, ce qui amena Le Havre, à l’insu de son plein gré, à jour un rôle primordial dans l’aide que la France apporta aux insurgés américains dès le début de la guerre d’indépendance.

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