Le hameau de Grâce
Bonjour à toutes et à tous,
Il y a déjà quelque temps, j’avais rangé dans un petit recoin de ma mémoire le projet de redonner vie, par le biais d’un roman, aux habitants de ce bien modeste hameau de pêcheurs que j’ai baptisé du nom de « hameau de Grâce » (qui, du reste, ne portait vraisemblablement pas de nom du tout) et que, dans une charte de 1311, Philippe le Bel qualifiait de « havre près du rivage de la mer ». Un hameau si modeste, si insignifiant, que ne pouvait lui être promis, dès le début de son existence, que la disparition et l’oubli.
Une simple lecture de « Le Havre avant l’Histoire et l’antique ville de Leure » de Charles Quint, de « Le Havre de Grâce au Moyen âge » d’Alphonse Martin, de « Origines du Havre — Histoire de Leure et d’Ingouville, Tome premier » du même Alphonse Martin et, plus encore, du magnifique roman de Françoise Deschamps « Les sentinelles de l’estuaire — Les oubliés de Leure » suffisent à nous convaincre que la ville de Leure et ce hameau de pêcheurs établi sur une étroite langue de sable et de galets, coincé entre la crique de Grâce et la mer constituèrent le véritable berceau du port du Havre.
« Les ports d’Harfleur et de Leure étant comblés par les sables, celui du Chef de Caux emporté par les flots qui détruisent le cap de Caux, c’est alors qu’apparaît un nouveau havre qui prendra la place de ses trois aînés dans les annales du commerce et de la marine militaire », écrivait Alphonse Martin dans le tome premier de son ouvrage Les origines du Havre — Histoire de Leure et d’Ingouville (Imprimerie de L. Durand, Fécamp, 1882-83). Puis, plus loin, dans le même ouvrage : « Ce premier havre de Grâce fut d’abord, pendant le XVe siècle, un modeste abri de pêcheurs ; ce ne sont plus ni les nefs ni les vaisseaux étrangers qui y abordent, mais des navires d’un faible tonnage et, par exception, quelques bateaux marchands ».
Dans une chronique publiée dans le Recueil des Publications de la Société Havraise d’Études Diverses en 1923, intitulée « Le Havre de Grâce au Moyen Âge », il écrivait encore : « De nombreux témoins contemporains de l’existence et de la consistance de cet ancien havre de Grâce, nous en ont donné, en 1532, une description très complète qu’il est intéressant d’analyser ici. Sur la situation des ruines de ce premier havre de Grâce, Jehan de Marceilles, père de notre chroniqueur havrais, Guillaume de Marceilles, rappelle que sur l’emplacement du nouveau havre, « aucuns n’y hantaient ni fréquentaient, excepté qu’à l’endroit du vieil havre de Grâce qui était un autre lieu que le havre neuf et qui de présent n’est d’aucune valeur et en état de grève. » Ce témoignage confirme ce que nous avons dit du premier havre de Grâce, à savoir : qu’il était situé vers l’est et immédiatement sur le bord ou rivage de la mer ».
L’envie, voire la nécessité, de rappeler la présence de ce minuscule groupe d’habitations, de « cabanes de pêcheurs » comme l’écrivit Marie Le Masson Le Golft dans « Coup d’œil sur l’état ancien et présent du Havre », regroupées autour de la première chapelle dédiée à Notre-Dame de Grâce, de lui redonner une existence, une consistance, un relief, de redonner vie à ses habitants, de leur rendre un hommage aussi modeste soit-il, se remémorer qu’ils ont été des êtres humains, dotés de la pensée et de la parole, avec leurs joies et leurs peines, leurs espoirs et leurs déceptions, de restituer leur simple vie de marins, de pêcheurs, de pauvreté et d’humilité, qu’ils ont eu aussi à tenir une place dans la vie de la pointe de Caux, qu’ils y ont sans aucun doute joué un rôle notable et contribué à l’Histoire locale. Les remettre dans la lumière est bien le moins qui leur est dû et que je puisse faire.
Après y avoir longuement réfléchi, j’ai choisi de situer l’action de ce roman au milieu du XVe siècle, en 1440 pour être plus précis, au moment où les Anglais, maîtres de la Normandie, mettent une fois de plus le siège devant les remparts d’Harfleur, qui rendra les armes après quatre mois de résistance, et d’y reconstituer les répercutions et les conséquences de l’occupation anglaise sur la vie des habitants du pays de Caux en général et sur celle de la petite communauté des habitants du « hameau de Grâce » en tout premier lieu.
Je me suis donc amplement documenté sur l’époque, sur le contexte et sur cette période mouvementée de l’Histoire du pays de Caux, sur les rapports entre occupants et occupés, sur les mouvements de résistance de certains et sur les signes d’allégeance et de compromission des autres. Peu à peu, une idée après une autre, pas à pas, de retouche en retouche, le synopsis prend forme, le projet avance et j’en ai déjà écrit une petite partie qui nécessitera assurément d’être relu, corrigé et peut-être, mais cela, j’en ai l’habitude, d’être réécrit.
J’espère pouvoir vous donner rendez-vous dans quelques mois pour vous faire découvrir le résultat final de ce nouveau roman…
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